Le point sur le site d’enfouissement de NEWSVT à Coventry, Vermont - 2020

Administré par Casella Waste Systems, le site d’enfouissement de Coventry, situé sur un terrain adjacent à la rivière Black, le principal tributaire du lac Memphrémagog, est l’unique dépotoir de l’état du Vermont. À travers les années, les opérations du site ont graduellement augmenté. La capacité d’enfouissement qui était initialement de 270 000 tonnes annuellement a augmenté à 370 000 tonnes en 2005 pour passer à 600 000 tonnes en 2013. En 2017, Casella a demandé une certification pour agrandir le site d’enfouissement de 20,6 hectares (51 acres) afin d’enfouir encore 500 000 tonnes de déchets annuellement pendant 22 ans.   

Le MCI est particulièrement préoccupé par l’agrandissement du site d’enfouissement de Coventry et par le traitement du lixiviat, aussi appelé « jus de poubelle », à l’usine d’épuration des eaux de Newport. Nous croyons que le principe de précaution doit être appliqué vu l’importance écologique et récréotouristique du lac Memphrémagog et vu que le lac est un réservoir d’eau potable pour plus de 175 000 résidents des Cantons de l’Est. Le principe de précaution signifie qu’ « en cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement ». Présentement, peu d’information existe sur la présence de contaminants provenant du site d’enfouissement dans le lac Memphrémagog.

Depuis 2009, une partie du lixiviat du site d’enfouissement, soit plus de 55 000 litres par jour, était traitée à l’usine d’épuration des eaux de Newport. Le système de traitement n’analysait pas et ne traitait pas la plupart des contaminants se trouvant dans ce jus de poubelle. Le traitement du lixiviat à l’usine d’épuration de Newport dispersait ainsi dans le lac Memphrémagog des centaines de produits chimiques, dont plusieurs sont connus pour avoir des effets néfastes sur la santé humaine. De plus, le MCI a découvert en 2017 que des tests d'eau de base n’ont pas été réalisés depuis 2008 sur l’effluent de cette usine d’épuration. En effet, les tests de toxicité n’ont pas été réalisés entre 2008 et 2018, lorsque le lixiviat est traité à l’usine depuis 2009. Les tests de toxicité sont utilisés dans les usines de traitement des eaux au Vermont et au Québec afin de déterminer si les rejets d'eaux usées auront des effets toxiques sur les organismes aquatiques. Un premier test de toxicité a finalement été réalisé en août 2018 suite à la découverte du MCI. Nous croyons que de nouvelles études sont nécessaires pour connaître l’impact du traitement du lixiviat du site d’enfouissement de Coventry sur la qualité de l’eau du lac.       

Lorsque de nombreux polluants ont été retrouvés dans les eaux souterraines du dépotoir, il n’y a aucune information disponible sur l’impact de ces polluants sur la qualité de l’eau et sur la biodiversité du lac. Aucune étude n’a été réalisée sur les changements potentiels de la distribution des espèces aquatiques ou sur la bioaccumulation de toxines dans les poissons. Il serait important de connaître le risque de migration de ces contaminants vers les eaux souterraines, les milieux humides, la rivière Black, la baie South et le lac Memphrémagog, qui causerait ainsi la contamination de l’eau et de l’écosystème.

Le projet actuel d’agrandissement du site d’enfouissement de Coventry ressemble au cas du dernier site d’enfouissement du côté canadien du bassin versant du lac Memphrémagog, à proximité du lac Lovering, à Magog.  En 2002, Intersan a proposé un projet pour agrandir le dépotoir Bestan en utilisant la technologie la plus avancée à l’époque, augmentant ainsi la quantité de déchets enfouie de 300 000 tonnes. En 2007, pendant l’audience publique sur le projet d’agrandissement, à Magog, la population ainsi que les décideurs locaux, incluant la MRC de Memphrémagog et la Ville de Magog, ont exprimé leur opposition au projet, même si le projet suivait tous les règlements en vigueur et proposait la meilleure technologie existante : aucune technologie n’est garantie sécuritaire et l’emplacement du site était complètement inapproprié. Comme le dépotoir à Coventry, le site d’enfouissement Bestan était trop proche du lac. Après les consultations publiques, le ministère de l’Environnement du Québec conclu que le projet n’irait pas plus loin si la MRC et la Ville de Magog ne le supportaient pas. Ce site d’enfouissement a ensuite été fermé, atténuant ainsi les risques à l’environnement du bassin versant. 

Le 22 janvier 2019, le MCI a présenté des recommandations à la Commission environnementale du Vermont lors d’une audience à Coventry:

  1. Des recherches plus approfondies doivent être réalisées pour connaître l’impact actuel du site d’enfouissement de Coventry sur le lac Memphrémagog
  2. Le déversement de lixiviat traité dans le lac doit arrêter.
  3. Le projet d’agrandissement du site d’enfouissement doit être arrêté, comme celui de Magog.
  4. Le principe de précaution doit être appliqué afin de prévenir toute dégradation du lac Memphrémagog

Le 23 juillet 2019, le site d’enfouissement de Coventry a obtenu l’approbation finale de Commission environnementale du Vermont pour son agrandissement. Bien que l’agrandissement de 51 acres ait été approuvé, le MCI s'est réjoui de la décision d’arrêter le traitement du lixiviat à l’usine d’épuration des eaux de Newport à partir du 23 octobre 2019. 

Le 7 novembre 2019, le MCI, NEWSVT et le groupe DUMP (Don’t Undermine Memphremagog’s Purity), un groupe environnemental bénévole du comté d’Orleans au Vermont, sont parvenus à un accord pour le retrait d’un recours que DUMP avait déposé à la Cour supérieure du Vermont. En échange, NEWSVT a accepté d’instaurer davantage de conditions sur la gestion du lixiviat, ainsi que sur le contrôle des odeurs. Conséquemment, NEWSVT ne rejettera pas de lixiviat dans le bassin versant du lac Memphrémagog ni à l’usine de traitement des eaux de Newport au Vermont jusqu’au 1er janvier 2024. Après cette date, NEWSVT ne rejettera pas de lixiviat dans le bassin versant du lac ni à l’usine de traitement des eaux de Newport, sans qu’il soit préalablement traité par un système de traitement qui répond à toutes les exigences du Vermont, incluant de futures exigences concernant les composés perfluorés (PFAS).

Le MCI espère que ce délai permettra aux acteurs de la région de se mobiliser pour que le lixiviat de ce méga site d’enfouissement américain ne soit plus jamais traité dans le bassin versant du lac Memphrémagog.